ANNALES
de
DIDACTIQUE et de SCIENCES COGNITIVES,
Volume 11, 2006, IREM de STRASBOURG
RÉSUMÉS
Anna
Sierpinska Entre l’idéal et la réalité de l’enseignement
mathématique,
p. 5–39.
Résumé. L'article part
de l'hypothèse que toute réforme de l'enseignement des mathématiques
est basée
sur une "idéologie", c'est-à-dire une vision de l'état souhaitable de
cet enseignement en contraste avec un état non-souhaitable, mais
existant. La
question posée est la suivante : Qu'est-ce qui, dans la réalité
dans
laquelle nous vivons, peut faire obstacle à la réalisation de cet état
souhaitable, et être propice au maintien d'un statu quo
non-souhaitable ? Dans la section principale de
cet article, je regarde
de plus près quelques postulats représentant un idéal de l'enseignement
et
apprentissage des mathématiques. Je discute, en particulier, des buts
(idéaux)
de l'enseignement des mathématiques, et des postulats sur la
coordination des
curriculums, les contenus mathématiques pertinents, l'apprentissage
avec
compréhension, le développement de la pensée mathématique à l'aide de
la
résolution de problèmes, le développement de l'autonomie et de la
mobilité de
pensée, l'évaluation des connaissances des élèves, la motivation des
apprentissages, et l'utilisation de la technologie. La dernière
section
contient une réflexion sur les possibilités de communication entre
idéologie et
théorie, en dépit de différences importantes entre les deux. Je propose
qu'une
théorie didactique pourrait constituer un canal propice à cette
communication,
en remplaçant les débats idéologiques par des débats pragmatiques,
basés sur
des questions telles que : Quels sont les choix possibles – plutôt
que
'souhaitables' ou 'bons' – de solution de tel ou tel problème
didactique,
pédagogique ou institutionnel ? Quelles sont les conséquences
possibles de
ces choix, au vu des résultats de recherches en didactique des
mathématiques et
de l'expérience commune ?
Mots
clés. Enseignement, mathématiques, curriculum, idéologie,
théorie, didactique, compétences
Alan
H.
Schoenfeld Résolution de
problèmes du berceau au tombeau, p. 41–73.
Résumé. Cet article assez spéculatif propose
une mise en
perspective théorique globale de la prise de décision et
de la résolution de
problème "en temps réel". Le domaine est volontairement
très large.
Mon but est de traiter de la question suivante : "Comment et pourquoi
les
gens prennent-ils les décisions qu'ils prennent lorsqu'ils se
soit engagés dans
une activité de résolution de problèmes."
Quelques hypothèses
fondamentales de ce travail sont les suivantes :
1. L'expression
“Résoudre un
problème” est utilisée dans un sens très large.
Elle comprend les actions d'un
enfant dans ses relations avec ses parents, un étudiant
travaillant sur un
problème de mathématique dans une classe ou dans un
laboratoire, et la prise de
décision par un enseignant lors d'une leçon, par exemple
de mathématique. Plus
généralement, je suppose que presque toute action humaine
est orientée vers la
réalisation d'un objectif et que réaliser les objectifs
de haute priorité peut
être caractérisé comme un "problème".
2. La plupart des
comportements humains sont rationnels au sens suivant. Les actions
entreprises
par un individu dans n'importe quel contexte particulier ont pour but
fondamental de résoudre les problèmes qui sont importants
pour lui. (Ces
problèmes peuvent être, mais ne sont pas
nécessairement ceux qui lui ont été
"assignés"!) Si l'on est capable de comprendre quel
problème une
personne essaye de résoudre à un moment donné, les
actions de cette personne
paraîtront souvent rationnelles et cohérentes. Dans
certains contextes, tels
que l'enseignement et la résolution de problèmes (au sens
standard du terme),
cette cohérence de comportement peut être assez forte pour
que les actions de
l'individu puissent faire l'objet d'une modélisation.
3. Dans tout contexte, la
prise de décision dépend des croyances, des objectifs et
des connaissances. En
raccourci schématique: les croyances d'un individu, en
interaction avec le
contexte, modélisent la formation et la hiérarchisation
des objectifs. Devant
une constellation particulière d'objectifs, l'individu recherche
et implémente
la connaissance qui est cohérente avec sont système de
croyances et qui lui
permet d'atteindre un ou plusieurs objectifs de première
priorité. Lorsque ces
objectifs sont atteints (ou ne le sont pas), ou lorsque le contexte
change, de
nouveaux objectifs acquièrent une priorité
élevée, et les actions sont alors
dirigées vers la réalisation de ceux-ci.
Des exemples sont donnés
pour indiquer de quelle façon cette perspective théorique
peut être exploitée.
Mots-Clés. Résolution
de problème, rationalité,
prise de décision, heuristique, croyance, objectif.
Jean-Claude
Rauscher L’écriture réflexive au
centre
de l’activité mathématique dans la
résolution de
problèmes de proportions, p. 75–102.
Résumé.
Quelle
contribution peut apporter le recours à la production
« d’écrits
réflexifs » par les élèves au
développement de leurs connaissances ?
C’est la question qui est envisagée ici dans le cadre d’une
expérimentation menée
en fin d’école primaire à propos de la résolution
de problèmes relevant de la
notion de proportionnalité. Les problèmes
considérés sont des problèmes de
comparaison de mélanges inspirés de Noelting (1980).
Inspirées par les travaux
de Duval (1998), nos observations repèrent un obstacle dans
l’exploitation des
écrits des élèves en classe pour passer d’une
situation de formulation à une
situation de validation : une « pratique
orale » de l’écrit par
les élèves. Spontanément, les élèves
écrivent comme ils parlent, sans retour
sur ce qu’ils écrivent. Le dispositif élaboré et
mis à l’épreuve a alors le but
d’initier les élèves à une « pratique
écrite » par l’objectivation de
leurs écrits. L’écriture réflexive devient alors
le centre de l’activité
mathématique en cours. Nous analysons dans quelle mesure cette
initiation à une
posture d’écriture réflexive est réussie et
quelles sont ses conséquences sur
le développement des connaissances des élèves.
Mots-clés. écrits
réflexifs, pratique orale,
pratique écrite, validation, résolution de
problèmes, proportionnalité.
Patricia Marchand
Comment
développer les images mentales reliées à
l’apprentissage de l’espace en trois
dimensions ? p. 103–121.
Résumé.
Cet article vise à
reprendre quelques résultats tirés de notre thèse
de doctorat
interdisciplinaire (mathématique et sport) afin
d’élaborer un cadre de
référence pour la création d’activités
visant le développement des images
mentales liées à l’espace en trois dimensions. Ce cadre
est explicité à l’aide
d’exemples d’activités tirées du corpus primaire et
secondaire.
Mots-clés. Enseignement de la géométrie,
primaire-secondaire,
espace en trois dimensions et images mentales.
Jorge Soto-Andrade Un monde dans un grain
de sable : Métaphores et
analogies dans l’apprentissage des mathématiques, p.
123–147
Résumé.
Les métaphores ne
sont pas qu'un
recours rhétorique, mais aussi des outils cognitifs très
puissants. On peut
constater au cours d'expériences d'apprentissage, qu'elles nous
aident, non
seulement à comprendre des idées nouvelles, sinon
qu'elles fournissent en plus
des moyens de calcul fort efficaces. Elles portent un impact cognitif
plus
important que les analogies, plus familières en didactique : Une
métaphore est
une analogie qui ne crie pas gare ! Nous en présentons ici des
exemples
concrets, qui apportent de l’eau a notre moulin…
Mots-clés.
Métaphores, analogies, comparaisons, représentations,
cognition, apprentissage
des mathématiques.
Erich Ch.
Wittmann Les
mathématiques vues comme la science des structures, p.
149–174.
Résumé.
L’objectif de notre article est de rendre compte de l’approche
globale adoptée
dans le projet Mathe 2000 en ce qui concerne
l’éducation mathématique. L’accent est mis sur les
origines mathématiques. Nous
montrerons comment les mathématiques vues comme la science des
structures
peuvent être utilisées dans la recherche
développementale. L’article est
structuré en trois sections. La première section est
consacrée à la philosophie
de notre projet, la seconde est consacrée à la
description de quelques
environnements substantiels d’apprentissage (ESA)
« substantial learning
environnments », tandis que la troisième explique
certains principes
théoriques sous-jacents aux environnements substantiels
d’apprentissage
développés dans la deuxième section.
Mots-clés.
Structures, environnements
d’apprentissage, découverte, représentations,
démonstrations opératoires,
formation des professeurs.
Catherine
Houdement, Alain Kuzniak
Paradigmes
géométriques et enseignement de la géométrie, p. 175–193.
Résumé. L’enseignement de
la géométrie a
pour fonction première de permettre à
l’élève de se construire un espace de
travail géométrique efficace. Grâce à cet
espace, il peut comprendre et
résoudre des problèmes de géométrie. Mais
l’interprétation des problèmes va
dépendre de paradigmes géométriques qui
diffèrent suivant les institutions
(écoles mais aussi pays) où s’effectue l’enseignement.
Cette diversité des
paradigmes entraîne une diversité des espaces de travail
et explique un certain
nombre de malentendus didactiques. Dans cet article, nous
précisons les notions
de paradigmes et d’espace de travail géométriques.
À partir d’exemples, nous
montrons l’intérêt d’envisager des études
didactiques utilisant et développant
ces outils.
Mots-clés.
Didactique, géométrie, paradigmes, espace de travail,
enseignement.
David Tall
Une théorie du développement
mathématique par l’embodiment,
le symbolisme et la preuve,
p. 195–215.
Résumé. Cette
présentation envisage les mécanismes biologiques et
mathématiques engagés dans
le développement de l'enfant au mathématicien et propose
une approche théorique
pour interpréter les différences de croissance
individuelles résultant de
l'expérience de toute une vie. La théorie est ensuite
utilisée pour répondre à
des questions concernant l'enseignement sur le long terme et
l'apprentissage
des mathématiques sur toute la scolarité de l'enfance
à l'âge adulte.
Mots-clés. Pensée
mathématique, objet de pensée, action,
opération symbolique, propriété, inné,
déjà vu, connaissance procédurale,
connaissance déclarative.
Klaus Volkert
Faut-il
étudier la tératologie ? p. 217–228.
Résumé. Dans le présent article je
vais analyser le rôle des « monstres » dans
l'histoire des mathématiques
modernes - en particulier dans le contexte des fonctions réelles
et des
polyèdres. Ainsi on va comprendre que l'intérêt
pour les monstres est assez
récent et qu'il est lié à l'idée que les
mathématiques sont une construction
libre de l'esprit humain. On va se demander si cette idée
convient aux élèves.
Mots-clés. Analyse
historique, monstre mathématique, fonctions réelles,
contre-exemple.
Lucia
Grugnetti, Achille Maffini & Carlo Marchini Activités
didactiques à caractère vertical pour la
construction du concept de limite,
p. 229–250.
Résumé.
Cette présentation concerne l’activité du groupe
« zeroallazero »
qui, dans l’Unité locale de recherche en didactique des
mathématiques de
l’Université de Parma, s’occupe du concept de limite. La
caractéristique de ce
groupe est de réunir des enseignants de tous les niveaux
scolaires (de l’école
primaire à la fin du lycée), ainsi que quelques
chercheurs en didactique des
mathématiques. Cette
« verticalité » se révèle
très précieuse. Elle
nous permet de proposer des activités similaires aux
élèves de différents
niveaux, de vérifier les évolutions des idées,
techniques et erreurs des élèves
dans le temps, et d’observer les effets des méthodes
d’enseignement sur eux.
Les thèmes qui nous sont apparus comme les plus riches en
possibilités
didactiques pour construire le concept de limite sont ceux de la
mesure, des
suites et de l’approximation, qui, du fait de leur caractère
vertical,
permettent d’être abordé à plusieurs reprises et de
plusieurs points de vue à
des niveaux scolaires différents. Dans ce contexte, on veut
mettre en évidence
l’importance de l’approximation comme une ressource dans la longue
construction
du concept de limite.
Mots-clés. Concept de limite,
approximation, activités didactiques
verticales.
Fernando
Hitt Représentations fonctionnelles
et conceptions dans la construction de
concepts mathématiques. Un exemple : Le concept de la limite, p.
251–267.
Résumé. Le
rôle des représentations mentales et leur manipulation a
été
étudié pendant plusieurs années pour expliquer les
processus de construction
des concepts et pour comprendre les capacités
mathématiques des étudiants.
Recherchant de nouvelles voies sur la construction des concepts et des
stratégies mathématiques sur la résolution des
problèmes, le groupe de travail
« Representations and mathematics visualization »
du PME-NA,
1998-2002 (voir Hitt, 2002) a mis en valeur l'importance des
représentations
sémiotiques sur les constructions des concepts
mathématiques, donnant une
nouvelle dimension de travail de recherches dans la didactique des
mathématiques. Tenant compte de la recherche
précédente faite par Duval (1993,
1995, 1999) sur la construction des concepts mathématiques, nous
nous sommes
concentrés sur les conceptions des étudiants et sur le
rôle des représentations
fonctionnelles (représentations spontanées)
employées par les étudiants afin de
construire un concept mathématique. Nous avons constaté
que ces représentations
employées par les étudiants en construisant un concept
jouent un rôle
significatif et sont une partie de leur conception. Ces
représentations
fonctionnelles sont un genre de représentations qui
diffèrent habituellement de
ceux que nous trouvons dans les manuels, ou ceux qu'utilisent les
professeurs
dans la classe de mathématiques.
Mots-clés. Représentations fonctionnelles,
conceptions et registres sémiotiques.
Michèle Artigue Apprendre
les mathématiques au niveau universitaire : ce que les
recherches récentes
nous apprennent dans ce domaine, p.
269–288.
Résumé. Dans cet
exposé, après
avoir évoqué un certain nombre de réflexions et
débats concernant les
spécificités de l’apprentissage des mathématiques
au niveau universitaire et la
nature d’une éventuelle pensée mathématique
avancée, je me centre, pour étudier
ce qu’apportent les recherches didactiques récentes à la
question des
apprentissages mathématiques à ce niveau, sur trois
dimensions qui me semblent
bien mettre en évidence les potentialités offertes par
certaines évolutions des
approches et travaux pour mieux poser ces questions et avancer dans la
connaissance des processus d’apprentissage et de leurs
déterminants. Ce sont
respectivement :
- l’accent
croissant porté aux flexibilités dans l’apprentissage ;
- le
déplacement d’approches constructivistes à des approches
anthropologiques et
socio-culturelles ;
- le
développement des recherches sur de nouveaux domaines ou
d’autres secteurs de
formation, en prenant l’exemple de la formation des ingénieurs.
Mots-clés. Mathématiques, apprentissage,
pensée mathématique
avancée, université, transition
lycée-université, anthropologie didactique,
flexibilité cognitive, formation d'ingénieurs.
ANNALES
de
DIDACTIQUE et de SCIENCES COGNITIVES,
Supplément au volume 11, 2006, IREM de STRASBOURG
RÉSUMÉS
Nicolas Rouche L'apprentissage des
mathématiques considéré
comme un tout (synthèse du colloque), p. 3–16.
Nicolas
Rouche
De la pensée commune aux mathématiques : sur le besoin de
théories génétiques, p. 17–50.
Résumé. La
première partie de cet article montre que l'apprentissage des
mathématiques, rarement considéré dans sa réelle extension de la prime
enfance à l'âge adulte, a besoin de fils conducteurs clairs. Les fils
conducteurs, au sens où on les entend ici, sont des esquisses de ce que
l'on pourrait appeler des théories
génétiques. On montre ce que pourraient être de telles
théories. La deuxième partie expose un fil conducteur possible, qui
pourrait s'intituler~: de la proportionnalité à la linéarité, ou
l'évolution du concept de rapport. Dans la conclusion, on revient sur
la notion de théorie génétique pour en cerner plus précisément la
nature et la pertinence.
Mots-Clés. Apprentissage
mathématique à long terme, théorie génétique, modèle, proportionnalité,
linéarité, grandeurs.
Groupe
d'Enseignement Mathématique (G.E.M.) Les représentations planes comme un
fil conducteur pour l'enseignement de la géométrie, p. 51–71.
Résumé.
D’une part, l’étude de la
géométrie de l'espace
s’appuie sur des représentations planes de solides, et d’autre part on
ne
réalise de telles représentations qu’en s’appuyant sur des notions de
géométrie. Ainsi, ces
représentations
entretiennent avec la géométrie un lien substantiel et constant. Elles
vont des
dessins d’enfants à la perspective centrale, en passant par les
projections
orthogonales et parallèles, c’est-à-dire du dessin naïf vers des formes
de
projection de plus en plus évoluées et complexes. Pour ces diverses
raisons,
elles constituent un fil conducteur intéressant pour l’apprentissage de
la géométrie.
Dans
cet atelier, nous illustrerons ce point de vue par quelques questions
jalonnant
l’enseignement de la prime enfance à l’âge adulte.
Mots-clés. Géométrie,
représentations planes, ombres,
projections, perspectives, enseignement maternel, primaire et
secondaire.
Michel
Ballieu, Marie-France Guissard
Culture
mathématique, p. 73–89.
Résumé.
Le recours à des
activités culturelles peut s'avérer une aide précieuse pour introduire
et installer des notions abstraites. Cet atelier met l'accent sur deux
registres susceptibles de rendre un certain plaisir d'apprendre aux
élèves démotivés: l'histoire et les réalisations artistiques.
L'approche historique des mathématiques permet d'aborder
les concepts en montrant dans quel contexte et pourquoi ils sont nés,
comment ils ont évolué. Un parcours \`a travers les systèmes de
numération et la résolution des équations illustre ce propos. Quant aux
décors géométriques, dont on trouve des exemples dans toutes les
civilisations, ils peuvent servir de support à l'apprentissage de la
géométrie, qui montre ainsi tout son attrait visuel. Des motifs
répétitifs tels que les frises ou les pavages se prêtent à des
activités qui allient intuition,créativité et analyse des structures
mathématiques.
Mots-clés. Histoire des
mathématiques, réalisations artistiques, culture mathématique,
scolarité dans son ensemble, formalisme algébrique, structures
mathématiques.
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